LA PERTE D'UN AMI
une sculpture de Bruce Krebs



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Un homme triste tient un crâne dans ses mains. Ce n'est pas Hamlet. Plus précisément, ce n'est pas un homme. C'est un centaure ! Plus précisément encore, ce n'est pas un crâne humain non plus, c'est un crâne de bouquetin.




D'ailleurs, ce personnage ne ressemble pas à un centaure de la mythologie grecque. Il n'a pas un corps de cheval mais un corps de bouquetin...



J'ai créé ensuite quatre bas-reliefs, un sur chaque face. La mort du bouquetin est racontée en quatre images :

Deux chasseurs découvrent dans la montagne des bouquetins qui paissent tranquillement.
Les chasseurs tirent sur l'une des bêtes.
Les chasseurs sont fiers de leur exploit. Comme s'il s'agissait d'une photographie, ils posent avec leur trophée.
Les chasseurs retournent dans la vallée en laissant là l'animal.

Ces quatre bas-reliefs forment une histoire, un début et une fin, presque une bande dessinée. Ils justifient la tristesse du centaure. Ce crâne est certainement celui du bouquetin abattu...





Au XIXième siècle, tout le monde connaissait parfaitement les mythologies grecques et romaines, et bien d'autres textes épiques; tout Cervantès, tout Dante... Aujourd'hui, plus personne ne connaît l'histoire des centaures. (Je devrais dire "les histoires", car elles sont nombreuses.) Un centaure au XXIième siècle, ne signifie plus rien au visiteur. Il reconnaît qu'il s'agit d'un centaure mais, sont-ils gentils (comme chez Walt Disney) ou affreux?



Imaginez un homme triste, pleurant sur le crâne d'un bouquetin ? Peu d'effet. Mais si ce personnage est mi-homme, mi-animal, l'image pose plus de questions. Les quatre bas-reliefs précisent bien qu'il s'agit d'une extrapolation, et non de mythologie





Avec la même démarche j'ai choisi de donner à l'homme une physionomie "normale". J'avais créé d'autres têtes plus typées "centaure" comme on peut les découvrir sur les peintures des siècles passés : Nez aquilin, yeux rieurs, petite barbichette etc...




La montagne est symbolisée comme une suite de marches géométriques. Elle donne une autre dimension à cette scène. Le centaure est seul, isolé, loin des regards. Le centaure est loin de nous, tout simplement. Il est peut-être une projection de nous-même, où nous nous isolons pour pleurer la bêtise des hommes...





Dimensions de la sculpture
Largeur : 16.3 cm , longueur : 27.3 cm, Hauteur : 101 cm .


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Il existe de nombreuses sculptures de centaures. Il est rare que les centaures y tiennent le beau rôle : ils enlèvent des femmes, ils sont attaqués avec violence par Thésée, Héraclès (Hercule)... Ils symbolisent la jouissance, mais ne sont jamais sculptés en tant que tel. Au cours des siècles les sujets ont évolué, les épisodes de la mythologie s'effacent petit à petit. Bientôt l'image du centaure se réduit à celle d'un logotype.

        Voici quelques exemples :


Sur le fronton d'un temple élevé à Zeus, quatre centaures sont représentés, ivres, se battant avec les convives d'une noce des Lapithe. Ils reçoivent plus de coups qu'ils n'en donnent ! Ce bas-relief est en partie reconstitué au Musée archéologique d'Olympie.

        (Le Musée archéologique à Olympie, en Grèce)

Plus près de nous, au XVième siècle, Michel Ange, jeune, a sculpté un petit bas-relief " La bataille des centaures et des Lapithe " où, curieusement, on ne voit pas trace d'un sabot ni la queue d'un cheval... (Peut-être que l'homme à terre est un centaure. C'est difficile de l'affirmer car cette sculpture est très impressionniste...) On peut découvrir ce bas-relief dans la maison natale de Michel-Ange à Florence.

        (Casa Buonarroti, rue Ghibellina Florence)

Toujours à Florence, sous la Loggia dei Lanzi, on peut découvrir « Hercule luttant avec le centaure Nessus ». Face à Hercule, le centaure paraît petit. Jean de Bologne
(Giambologna) a représenté le centaure « à genoux », cambré en arrière. Hercule va le frapper...

        (La Loggia dei Lanzi, Piazza della Signoria à Florence)

Dans le genre bastonnade, au début du XIXième siècle Canova, sculpteur attitré du premier empire, sculpte un Thésée hiératique frappant le malheureux Biénor, centaure de son état, lui aussi cambré et les quatre genoux à terre.

        (Kunst historisches Museum de Vienne)

Antoine-Louis Barye reprend ce même thème, fin XIXième, et dans une présentation très proche de celle de Jean de Bologne à Florence. Mais pas avec le même titre : "Thésée et le centaure Biénor "... Alors qu'Hercule enjambait le centaure, ici Thésée monte à cru sur son dos !

        (Musée d'Art et d'Histoire de Cholet, Musée du louvre et square Barye, tout au bout de l'île ST Louis, à Paris)

Alfred de Vries conçut une sculpture où le malheureux centaure Nessus est ligoté aux pieds d'Hercule. Déjanire est dans les bras de son fiancé. Si le centaure semble petit par rapport aux proportions d'Hercule, la jeune femme, quant à elle, semble avoir une carrure digne d'Hercule...

        ((Musée du Louvre)

Dans les jardins des tuileries à Paris, Laurent Marqueste, fin XIXième, début XXième, créa « Le centaure Nessus enlevant Déjanire ». Pour une fois, bien qu’atteint par une flèche dans l'épaule, le centaure est représenté en pleine puissance. Déjanire ne peut s'échapper.

        (jardins des tuileries)

En 1928, Raymond Delamarre, très Art Déco, adopte de nouvelles proportions pour son centaure. Il est grand, fort et dominant. Son Nessus, malgré une flèche plantée dans le cœur, semble très puissant et Déjanire bien frêle... Nessus, de la main gauche semble vouloir retirer la flèche qui l'a transpercé.

Dans les années 1880 et les suivantes, Rodin ne s'encombre plus de mythologie. Il crée une centauresse avec la technique du marcottage. (Cette technique consiste à assembler deux fragments indépendants pour en créer une nouvelle oeuvre. Ici, une femme et un cheval.)
Il n'a fait aucun effort de "logique anatomique". Les hanches de la femme ne correspondent pas aux épaules du cheval comme le voulaient ses prédécesseurs... Etonnant : Le buste semble aller vers l'avant alors que le reste du corps semble reculer!

        (Musée Rodin, à Paris)

Rodin sculpta aussi un centaure sur la partie gauche de "la porte de l'enfer". Contrairement à ses confrères de l'époque, on trouve peu de chevaux dans l'oeuvre de Rodin (je pense au monument dédié à Claude le lorrain, dont le socle présente deux chevaux sans doute sculptés par son ami Jules Desbois). Le centaure est plus visible sur le plâtre du Musée d'Orsay que sur le bronze du Musée Rodin où il est plus estompé...

        (Musée d'Orsay, Musée Rodin)

Avec "le centaure mourant" Antoine Bourdelle signe là l'une de ses sculptures des plus surprenantes. L'idée de cette lyre est incroyable ! Certes, dans la mythologie, la lyre faisait partie des instruments des centaures. Le centaure pose son bras dessus, son poing encore fermé. Trois de ses pattes sont déjà couchées, la quatrième est encore droite. Elle fait illusion, car le sol semble s'enfoncer sous son poids...

        (Musée Bourdelle, à Paris)

Le Centaure de César date des années 1980. C'est une très belle oeuvre (surtout au coucher du soleil). César s'est réapproprié le mythe pour l'actualiser. De nos jours la puissance n'est plus l'apanage des chevaux. La mécanique les a remplacés. César fait donc un homme-mécanique ! (un homme-cheval-vapeur...) Pour poursuivre cette logique, son centaure possède quatre pieds et non plus quatre pattes...

        (carrefour de la Croix-Rouge, à Paris)

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Bruce Krebs, sculpteur
9 ter rue Amelot, 17 000 La Rochelle,
Charente Maritime, Poitou-Charentes, France, Europe.
Pour m'envoyer un E-mail:atelier.bruce.krebs@wanadoo.fr